LA CRISE
Un jour, un jour, un jour la croissance viendra
Un jour mon patron me dira
Allez je vous augmente aussi
Mais aujourd'hui je vous licencie
Merci aux pros de la langue de bois, merci aux rêves d'un millionnaire
Donnez des pièces jaunes à Carla pour qu'elle nous sorte de la galère
Merci aux banques sans foi ni loi, pouvoir d'achat ne connait pas
La seule bourse assez bien c'est pour moi, c'est celle que je touche à la fin du mois
Alors pour toute l'hypocrisie
Un grand merci à Sarkozy
Grâce à vous tous on se dit
Bon dieu dans quel monde on vit ?
Refrain :
Du FMI au RMI ,de l'ISF à SDF
Du ministère à la misère
De la CGT au Medef
Du caniveau à la tête de l'Etat
De la retraite chapeau au RSA
De la France d'en haut à celle d'en bas
Il n'y a qu'un pas
Alors on danse
Sur le monde en morceaux
Et la valse commence
Toujours sur le même tempo
Alors on danse
Sur le monde en morceaux
Après tout quelle importance
Pour nous c'est pas nouveau
La vie est pleine de surprises
Surtout pour ceux qui connaissent la crise
J' lève mon verre à votre santé
Avant qu'on se fasse tous sauter
Moi dans la vie je m'en fais pas
Je bouffe des pâtes à tous les repas
Embrassez pour moi la famille
Pendant que mes frères crient à la famine
Merci Monsanto pour tous tes beaux OGM
Merci à Quick et McDo pour nous vendre la bouffe qu'on aime
La Course à la consommation
Produits des cons sans sommation
Et vous qui trouvez tout horrible
Moi je dis qu'ensemble tout est possible
C'est pas grave, on vous pardonne de conduire le monde à la perte
Bien sur vous avez la donne nous on fera avec les restes
Reprend une part de connerie pour le dessert
Je sais que t'en as marre mais y a que ça qui reste pas cher
Je vous jette pas la pierre
Vous qui bossez comme des fous
Pour nous sortir de la galère
Après tout j'ai voté pour vous
La croisière s'amuse pendant qu'on patauge dans la boue
Excusez-moi j'abuse, je suis dans la merde jusqu'au cou
[Refrain]
Moi la crise, elle me touchera pas
Et oui je vis au crochet de l'Etat
Je m'en fous, je peux planter ma société
On fera tourner la planche à billets
Sans parachute c'est le crash assuré
A moins d'être un bon pote à Clavier
Le petit du roi est devenu roi
Et ça se passe juste en bas de chez moi
Merci aux ministres de l'ouverture
Qui ont fait de la France une caricature
Merci à tous de nous prouver
Que vous êtes tous dans le même panier
J'aurais voulu être socialiste
Si j'écoutais mes rêves d'enfant
Mais tous ces beaux noms sur les listes
Sont dans le cimetière des éléphants
On bosse dur été comme hiver, y a pas de saison pour la galère
Pour les vacances on reste chez nous au prix d' l'essence ?
Expliquez moi, vous, à la tête de l'Etat
J'comprend pas j'ai, pas fait Science Po ou l'Ena
Merci aux puissants pour les 1 %
J'en demandais pas tant
Mon RSA m'attend
Toutes manières qu'est-ce-qu'on y peux
On est pauvres avant d'être vieux
Prend les choses du bon côté
On est vivant qu'est-ce tu veux d' mieux
Refrain :
Du FMI au RMI ,de l'ISF à SDF
Du ministère à la misère
De la CGT au Medef
Du caniveau à la tête de l'Etat
Du sexshop au RSA
De la France d'en haut à la tête en bas
Il n'y a qu'un pas
Alors on danse
Sur le monde en morceaux
Et la valse commence
Toujours sur le même tempo
Alors on danse
Sur le monde en morceaux
Après tout quelle importance
Pour nous c'est pas nouveau
Mhhmmm... le pouvoir d'achat est en baisse
Mhhmm...
Offre raisonnable d'emploi (ORE) et droits de l'homme et de la femme
Le Grand Truquage (ou comment le gouvernement manipule les statistiques). Editions La Découverte, 13 euros.
Vous croyez que ça m'arrage d'être chômeuse ? ANPE, Assedic : la vraie vie des demandeurs d'emploi, par Patricia SUDLOSKI aux éditions Ramsay, 300 pages, octobre 2005
Chômage, des secrets bien gardés (La vérité sur l'ANPE) Par Fabienne BRUTUS - JC Gawsevitch - 272 pages, 2006
La complainte du chômeur
A tous les exclus, les « accidentés de la vie », les demandeurs demandeurs d'emploi, les chercheurs d'emploi, les "clients", bref à tous les chômeurs
Ecoutez la complainte du pauvre chômeur,
La sourde litanie,
La douleur infinie,
Ecoutez, je vous prie, cette longue clameur.
L'usine lentement disparaît dans les ronces,
Comme mes souvenirs.
Je n'ai pas d'avenir,
A toutes mes questions, je n'ai pas de réponse,
Il me revient parfois, comme une chanson douce,
L'écho de l'atelier,
Les chants des ouvriers
Noyés dans les bières blondes gonflées de mousse.
Et de plus loin encor, j'entends souvent mon père,
Me montrer fièrement
Sa médaille d'argent
Pour les vingt cinq années de travail salutaire.
La ville résonnait au rythme de l'usine,
Et si parfois la grève
Se terminait en trêve,
Le silence souvent recouvrait les machines.
Et lorsque le patron, père et maire de droite,
Bien sûr sans étiquette,
Nous offrait la piquette,
Nous serrions en tremblant sa main blanchâtre et moite.
Nous regardions envieux la superbe bâtisse,
Les belles colonnades,
Le ruisseau en cascades,
Le nom en lettres d'or gravés en frontispice.
Et puis ils sont venus, en costumes trois pièces,
Traversant le hangar
Sous le regard hagard
De tous les ouvriers ravagés de tristesse.
Et depuis quelques mois, nous ne voulions savoir,
Le rythme au ralenti,
Les rumeurs démenties,
Et depuis quelques temps, nous ne voulions pas voir.
Je m'en souviens encor, ce faut au mois de juin,
Je reçu au courrier
Un étrange papier
Daté, séché, signé par notre châtelain.
Je ne comprenais pas car j'étais en congés,
Prêt à rejoindre enfin
La mer du Cotentin,
A regarder la mer, sur la sable allongé.
Nous étions quatre-vingt ouvriers sacrifiés,
Le loyer impayé,
Les factures noyées
Dans les publicités du bel hypermarché
O bien sur, la prime d'ancienneté versée
Illumina nos yeux.
Ces chiffres merveilleux,
Comme trois chevaux gagnants dans un très beau tiercé.
Ma femme a disparue, et mon enfant avec,
Je n'ai plus de permis,
Où sont tous mes amis,
Brûlés au sel acide de mes sanglots secs ?
Et à l'ANPE, on m'a bien expliqué
La flexibilité
Et la mobilité
J'ai fais un beau CV, je me suis appliqué.
J'ai écris tous les jours, j'ai écris quatre jours
Aux quatre entreprises,
Elles ne m'ont pas prises,
J'ai crié, j'ai pleuré, appelé au secours.
Et puis ils m'ont radié, irradié au soleil,
De ma désespérance.
Et je brûle en souffrance
Des feux fous de la bouteille aux couleurs vermeilles.
Je sombre lentement dans la résignation,
Je vote national,
A la municipale,
Et je lève le sabre et puis le goupillon.
Le café a fermé, l'école a disparue,
L'unique épicerie
De mon copain Ali
Reste ouverte tard, la nuit, au coin de ma rue.
Et puis le RMI, les sacs alimentaires,
Les regards de pitié,
Et mon honneur broyé
Obligé de me taire, obligé de me taire…
Demain je vais fêter mes cinquante-deux ans,
Un beau feu d'artifice
L'ultime sacrifice
De mon âme blessée, mon corps agonisant.
Je ne sais pas encor, de l'arabe ou du maire
Qui sera le coupable.
J'ai posé sur la table
Les armes de mon père ainsi qu'un revolver.
J'ai perdu la raison, l'alcool brûle mon corps,
Et la télévision,
Pendant le réveillon
Hurle des chants d'amour dans un joyeux décor.
Je ne demandais rien, juste un peu de travail,
Me lever le matin,
Toucher mon bulletin,
Peut-être recevoir, un jour, une médaille.
Je ne demandais rien, finir tout simplement
De payer ma maison,
Saison après saison,
Et puis tout doucement, vieillir très lentement.
Je ne sais pas écrire, et je sais très peu lire,
A l'école autrefois
Je m'enfuyais parfois
Sous les coups de bâton, blessé à en mourir.
Je ne sais plus parler, je bafouille des sons,
Je ne me lave plus,
Ma tête chevelue
Ressemble étrangement aux pics d'un hérisson.
Je n'ai plus de désir, la mort hante mon corps,
Comme un cancer caché
Et qui soudain craché,
Explose par la bouche en un rouge haut-le-corps.
Dites-moi, vous lecteur, tout ce que je dois faire ?
Donnez-moi s'il vous plaît
De quoi panser ma plaie,
De quoi recommencer, comme avant, comme hier.
Et je ne comprends rien à la télévision,
La mondialisation,
Et les reconversions
Et les grands bienfaits de la privatisation.
J'étais bien, vous saviez, dans mon aliénation,
Il faut bien travailler,
Et j'étais le premier
A entrer dans l'usine avec admiration.
Ils parlent de contrat, contrat nouvel embauche,
Je ne demande rien,
Qu'un poste de gardien
Un simple CDE, contrat dernière embauche.
L'usine lentement disparaît dans les ronces,
Comme mes souvenirs.
Je n'ai plus d'avenir.
A toutes mes questions, je n'ai plus de réponse,